Le Soudan du Sud depuis 2011

Juba

La République du Soudan du Sud, en Afrique de l'Est, est le plus jeune État reconnu du monde : elle a accédé à l'indépendance en 2011. Cette indépendance a été précédée de deux guerres civiles contre Khartoum, puis suivie d'un conflit interne ouvert en 2013.

Avant l'indépendance

Le sud du Soudan a connu deux longues guerres civiles contre le pouvoir central de Khartoum, entre 1955 et 1972 puis entre 1983 et 2005. Ces conflits opposaient un nord majoritairement arabophone et musulman à un sud aux populations diverses, majoritairement chrétiennes et animistes, et portaient aussi sur le partage des ressources, en particulier pétrolières.

L'accord global de paix signé en 2005 met fin à la seconde guerre et prévoit une période d'autonomie de 6 ans suivie d'un référendum d'autodétermination.

Ce référendum se tient en janvier 2011 : la participation est massive et le vote en faveur de la séparation approche l'unanimité. L'indépendance est proclamée le 9 juillet 2011, dans un climat d'espoir considérable.

La guerre civile

L'optimisme est de courte durée. En décembre 2013, une rupture politique entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar dégénère en conflit armé, qui prend rapidement une dimension communautaire opposant notamment des combattants dinka et nuer.

La guerre dure des années et provoque une catastrophe humanitaire : des centaines de milliers de morts, plusieurs millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays ou réfugiées en Ouganda, au Soudan, en Éthiopie et au Kenya, et des épisodes de famine.

Les Nations unies et des organisations de défense des droits humains ont documenté des violations graves commises par plusieurs parties au conflit, notamment des violences sexuelles employées comme arme de guerre.

Le processus de paix

Plusieurs accords se succèdent avant l'accord revitalisé de 2018, négocié sous l'égide de l'autorité régionale IGAD, qui prévoit un cessez-le-feu, un gouvernement d'unité nationale, l'unification des forces armées, une nouvelle constitution et des élections.

Un gouvernement d'unité est formé en 2020, avec Salva Kiir à la présidence et Riek Machar comme premier vice-président. La mise en œuvre des autres volets a été beaucoup plus lente : l'unification des forces, le processus constitutionnel et l'organisation des élections ont été reportés à plusieurs reprises.

Des violences localisées, souvent liées à des conflits communautaires, au vol de bétail et à l'accès aux ressources, ont continué dans plusieurs États en dehors du cadre de la guerre nationale.

Les relations avec le Soudan

La séparation a laissé plusieurs contentieux ouverts. La région d'Abyei, revendiquée par les deux pays, fait l'objet d'un statut administratif particulier et d'une présence internationale.

Le tracé de la frontière n'est pas achevé sur plusieurs tronçons. Et le partage des revenus pétroliers reste structurant : le Soudan du Sud détient l'essentiel des gisements, mais dépend entièrement des oléoducs, des raffineries et du terminal d'exportation situés au Soudan, ce qui lui impose de verser des droits de transit.

La guerre qui a éclaté au Soudan en 2023 a aggravé cette dépendance, en perturbant les exportations et en provoquant l'arrivée de centaines de milliers de personnes fuyant les combats.

Les institutions

Le pays est une république présidentielle. Sa capitale est Juba. Il compte une dizaine d'États, dont le découpage a été modifié à plusieurs reprises au gré des négociations politiques.

Le Soudan du Sud est membre des Nations unies, de l'Union africaine, de l'IGAD et de la Communauté d'Afrique de l'Est, qu'il a rejointe en 2016.

Une mission des Nations unies, la MINUSS, est déployée sur le territoire avec un mandat centré sur la protection des civils, le soutien à l'aide humanitaire et l'appui au processus de paix.

Où en est le pays

Les élections prévues par l'accord de 2018 ont été repoussées à plusieurs reprises, faute d'un recensement, d'un cadre constitutionnel et d'une unification des forces achevés. Cette échéance reste le principal enjeu politique du pays.

Les institutions internationales soulignent la nécessité d'avancer sur la justice transitionnelle, prévue par l'accord, tribunal mixte, commission vérité, réparations, et dont la mise en place n'a pas abouti.

Ressources utiles